Réticence des employeurs suisses à embaucher des frontaliers suite à la limitation des missions temporaires à 10 jours par an?

Bonjour,

J’ai récemment pris connaissance de l’Avenant à la Convention fiscale de 1966 entre la France et la Suisse, ratifié cet été par les autorités compétentes de part et d’autre de la frontière. Le Protocole additionnel sur le télétravail des frontaliers limite à 10 jours par an les missions temporaires qu’ils peuvent effectuer en dehors de Suisse, seuil au-delà duquel ils seront soumis à une répartition des droits d’imposition entre les deux pays. Ceci représente un défi administratif considérable pour les employeurs. Dans votre expérience, est-ce que ce seuil des 10 jours fait obstacle à l’emploi en Suisse des travailleurs résidant en France ?

En ce qui me concerne, je travaille dans un secteur spécialisé de la coopération internationale pour lequel Genève concentre la grande majorité des opportunités d’emploi, et où les missions à l’étranger sont très fréquentes. J’ai vécu à Genève plusieurs années, mais je souhaite maintenant devenir propriétaire de mon logement, ce qui m’est impossible en Suisse pour des raisons financières. Je fais donc le projet de m’installer dans une ville française près de la frontière. Je crains cependant que la limite à 10 jours par an des déplacements professionnels ne décourage les employeurs suisses de recourir à des travailleurs résidant en France. A mon expérience, les ONG et les centres de recherche actifs dans mon domaine ne disposent pas des ressources humaines et financières requises pour faire face à cette charge administrative supplémentaire.

De nombreux employeurs suisses ont déjà déploré l’impact de cette mesure. Plusieurs membres de la Fédération des entreprises romandes (FER) vont demander aux travailleurs amenés à beaucoup voyager d’élire domicile en Suisse et cesser de recruter des frontaliers pour ces postes (1). Les membres du Groupement des entreprises multinationales et de l’Union patronale suisse expriment la même position, craignant d’être pénalisés financièrement s’ils dépassent cette limite et sortent ainsi du régime fiscal prévu par le Protocole (2). L’entreprise Novartis a pour sa part prôné la recherche d’une solution « acceptable et pragmatique » (3). Quant à la fondation Genève Tourisme & Congrès, elle a tenté dans un premier temps de limiter à 10 jours par an les déplacements de ses salariés frontaliers. Mais face aux fortes tensions que cela a généré dans ses équipes, elle a été contrainte de demander un avis de droit les autorisant à dépasser ce seuil, à condition qu’ils en fassent la déclaration au fisc français (4). Des parlementaires français, y compris les rapporteurs du texte, avaient déjà souligné les difficultés que pouvaient engendrer cette limite lors des débats sur le projet de loi autorisant l’approbation de l’Avenant (5). Des associations de frontaliers se sont également exprimées contre cette mesure (6).

Je vous remercie par avance pour vos éclaircissements sur ce sujet !

(1) « Les voyages d’affaires des frontaliers français limités à dix jours », Le Temps. 12 juillet 2023.
(2) « Suisse-France : du télétravail pérenne pour les frontaliers et (un peu) plus d’administratif pour les entreprises », Le Temps. 30 juillet 2025.
(3) « Incertitude fiscale sur les voyages d’affaires des travailleurs frontaliers : Novartis s’inquiète », Le Quotidien Suisse des Affaires et de la Finance (AGEFI). 26 avril 2023.
(4) « La lourde machine du télétravail frontalier est en marche », Bilan. 29 janvier 2025.
(5) Rapport n°480 enregistré à la Présidence du Sénat le 26 mars 2025 ; Rapport n°1464 enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 28 mai 2025.
(6) « Message destiné aux frontaliers qui résident en France et qui se déplacent plus de 10 jours par an en France ou dans un autre État de l’UE à la demande de leur société », Comité de défense des travailleurs frontaliers du Haut-Rhin (CDTF). 8 mars 2023 ; « Télétravail et mission temporaire », CDTF. 11 juillet 2023.

Bonjour @EloCo,

Si l’on regarder la situation telle quelle était avant Covid, il est intéressant de voir que les jours de travail en dehors de la Suisse devait être exclus de l’imposition à la source (pour les non-résidents).
Cela ressort de la Circulaire 45 sur l’imposition à la source de 2019.

Dans la pratique, il ne me semble pas que les employeurs appliquaient cette règle.

Le Covid passant, des accords sont mis en place, avec une tolérance de 10 jours de déplacements à l’étranger considéré comme du télétravail.

D’un point de vue uniquement du déplacement professionnel:

  • Situation avant covid: chaque jours de déplacement à l’étranger = pas d’imposition en Suisse = imposition en France
  • Situation post covid: chaque jours de déplacement à l’étranger excédent 10 jours = pas d’imposition en Suisse = imposition en France (10 jours = télétavail = imposition en Suisse dans les respect de l’autre limite de 40%). Finalement cette situation post covid est presque plus favorable! Si ce n’est qu’elle met en lumière une situation qui passait sous les radars avant…

Je ne vois pas pourquoi le fait de résider en France serait pénalisant pour des postes avec déplacements à l’international, si ce n’est pour le contribuable lui-même, et encore, dépendant de sa situation et de son régime fiscal. Oui c’est vraiment pénalisant pour les personnes au bénéfice du quasi-résident qui risquent de perdre ce statut. Mais dans les faits cela ne regarde par l’employeur. Je ne vois pas non plus comment l’employeur pourrait être pénalisé financièrement… l’impôt reste du ressort du contribuable. A la marge il faut faire évoluer le système informatique RH.

Le cas est autre pour le télétravail et la sécurité sociale qui devient pénalisante pour l’employeur.

Quant à la charge administrative incombant à l’employeur, elle existe dès lors qu’il y a des travailleurs frontaliers, peu importe la possibilité de télétravail ou non. Un reporting doit être effectué. Des outils doivent déjà exister, d’autant plus dans les sociétés structurées, peut-être pas pour les PME/TPE, mais un excel fait l’affaire et le fiduciaire aidera au reporting envers l’AFC.
Un employeur se priverait il d’une ressource compétente? Evidemment face à un choix pour un même niveau de compétence, entre un résident et un non-résident, peut-être que la question se pose.

Ma conclusion est que cela a le mérite de fixer un cadre qui existait avant mais n’était pas respecté! En bien ou en mal, à chacun d’y voir son intérêt!

Merci beaucoup @BaptisteGn pour cette réponse très complète ! Cela m’aide vraiment à y voir plus clair.

Je comprends que sur le plan fiscal, la nouvelle législation sur le télétravail n’occasionera sans doute pas de grands changements sur l’employabilité des frontaliers. En revanche, vous mentionnez qu’en ce qui concerne la Sécurité Sociale, elle risque d’être pénalisante pour l’employeur. Puis-je vous demander d’élaborer ?

Je vous remercie par avance !

Avec les accords télétravail concernant la sécurité sociale, il est autorisé du télétravail jusqu’à hauteur de 49.9%. Au delà, l’employeur suisse doit s’immatriculer en France auprès de URSSAF afin de payer les cotisations sociales patronales/salariales en France. D’où une contrainte administrative et financière plus lourde pour l’employeur. Sans compter que le salarié bascule du régime du 2ème pilier pour sa retraite au régime français. Il perd également son assurance maladie LAMal (ou CMU - ce qui n’est peut-être pas plus mal) pour passer au régime général de la sécurité sociale française. Il en est de même pour les allocations familiales.

Pour les jours en déplacements/mission temporaires, je vous renvoie vers le site de la FER CIAM Genève sur ce sujet qui est plus complexe.

3 « J'aime »

Je vous remercie pour ces précisions. Si je comprends bien la page du site de la FER CIAM Genève à laquelle vous faites référence, même en cas de déplacements fréquents à l’étranger, on ne bascule pas sur le régime français de sécurité sociale tant que l’on ne dépasse pas le seuil de 25% de télétravail. Est-ce bien cela ? Si c’est le cas, je suis rassurée :grinning_face:

C’est ma lecture également, mais je ne peux pas vous confirmer à 100%.

1 « J'aime »

Bonjour,

Je relance le sujet car l’avenant à la convention franco-suisse contre les doubles impositions (CDI) est applicable depuis le 1er janvier 2026.

L’employeur doit suivre les jours de télétravail et de missions temporaires effectués par chacun de ses employés domiciliés en France pour pouvoir calculer le taux de télétravail à transmettre à l’AFC au début de l’année N pour l’année fiscale N–1.

La première transmission interviendra en janvier 2027 pour les données de 2026.

Ici il y a un tablea clair provenant du canton de Geneve : Règles pour les missions temporaires à l’étranger | ge.ch

Donc si je comprends bien on doit faire jusqu’à 10 jours de teletravail en moins par an lorsqu’on fait des missions.

Après cela se complique pour les cantons qui prélèvent à la source car ils vont devoir reverser les impôts des jours de télétravail à la France. Par contre pas de “soucis” pour les cantons où nous sommes impossables en France directement.

1 « J'aime »

Bonjour,

Merci pour ce partage.

Une petite nuance car il me semble que la logique est de considérer potentiellement 10 jours de mission à l’étranger comme du télétravail, mais ces jours ne remplacent pas du télétravail en tant que tel.

Si vous êtes déjà à 40% de télétravail, cela n’impacte pas la règle, 40% télétravail imposable en Suisse, et les jours de missions imposables en France. Sur une base de 96 jours de télétravail autorisé (40% de 240 jours), si vous êtes à 91 jours de télétravail, et 10 jours de missions à l’étranger, 5 jours seront considérés comme du télétravail, et le surplus de 5 imposables en France. Si vous êtes à 96 jours de télétravail, et x jours de missions à l’étranger, les x jours seront imposables en France, les 96 jours de télétravail en Suisse.

Si vous êtes à 97 jours de télétravail, imposition de ces 97 jours en France car les 40% sont dépassés, plus les missions temporaires s’il y en a. Mais de nouveau ces missions ne viennent pas remplacer des jours de télétravail.

A l’inverse si vous n’effectuez pas de télétravail, et que vous avez 15 jours de missions, il y aura 10 jours considérés comme du télétravail et donc seulement 5 jours imposable en France. Sans cette assimilation des 10 jours, les 15 jours auraient été imposables en France. Il s’agit donc ici d’une “tolérance”.

Pour les cantons imposables en France, le fait de dépasser les 40% de télétravail (y inclus 10 jours de mission) vous fait basculer dans le système ordinaire sourcier, avec impôt source sur les jours en Suisse, et le surplus en France. Donc cela impacte bien la fiscalité des cantons imposables en France, comme expliqué ci-dessus.

Si vous êtes imposables en France, avec +45 jours en mission, sans télétravail, vous rebasculez dans le régime ordinaire, impôt source sur les jours en Suisse plus 10 jours de missions, et le surplus des jours de mission imposables en France.

En espérant utile.

@BaptisteGn D’habitude je comprends tous vos réponses mais là non :slightly_smiling_face:

Prenons des exemples d’un frontalier sur Bale Campagne.

  1. Il fait 96 jours de télétravail sans mission. Rien ne change

  2. il fait 96 jours de télétravail et en plus 10 jours de missions ??

  3. Il fait 96 jours de télétravail et 50 jours de missions ??

  4. il fait 60 jours de télétravail et 50 jours de missions ??

Si vous avez des réponses elles seront bienvenues.

  1. Il fait 96 jours de télétravail sans mission. Rien ne change :check_box_with_check:

  2. il fait 96 jours de télétravail et en plus 10 jours de missions ?? Rien ne change, le tout est imposable en France.

  3. Il fait 96 jours de télétravail et 50 jours de missions ?? 50 jours de missions > 45 nuitées de l’accord de 1983, lequel précise que les jours de déplacements sont considérés comme des nuitées, entraîne la non application de l’accord 1983, et basculement en impôt source sur les jours de travail en Suisse et télétravail. 50 jours imposables en France.

  4. il fait 60 jours de télétravail et 50 jours de missions ?? Même raisonnement que pour le 3 avec inclusion de 10 jours de missions assimilé à du télétravail => jours en suisse + télétravail + 10 jours de missions imposés en Suisse, solde de 40 jours de missions imposables en France.

Donc si un frontalier fait plus de 45 jours de déplacements pro hors de Suisse et qu’il paye ses impots en France depuis de nombreuses années, cela est illégal ?

La faute à qui ? A l’employeur qui déclare mal ou à l’employé ?

Illégal je ne sais pas, mais pas conforme depuis les clarifications de 2005 sur les nuitées qui intègrent les jours de déplacements à l’étranger. Il y a plusieurs personnes dans ce cas malheureusement. Je pense que l’employeur est plus à risque que l’employé car c’est lui qui est responsable du prélèvement de l’impôt source.

La problématique principale est que les employeurs ne doivent pas être très au courant de cette histoire, pour eux c’est soit il y a une attestation de résidence fiscale = impôt en France, et jours à l’étranger de toute façon = impôt en France, soit c’est un résidence à la semaine et impôt source dans le canton de résidence à la semaine, avec en principe imposition en France des jours de missions à l’étranger mais dont ils ne doivent pas trop se soucier et conserver l’imposition source.

C’est la même problématique sur Genève. Avant accords covid je n’ai jamais vu un employeur ne prélever l’impôt source que sur les jours en Suisse, et ne pas prélever les jours à l’étranger, alors que la règle de dela non imposition en Suisse des jours à l’étranger existait déjà avant covid.

Nous avons les même règles dans mon entreprise sauf que les RHs ont mis le maximum à 92 jours …

Quel bordel.

J’essaye de déchiffrer cette note :https://www.impots.gouv.fr/sites/default/files/media/1_metier/1_particulier/EV/4_changements_de_situation/480_depart_arrivee_france/fiche-pratique-accords-interpretatifs-10-jours-83.pdf

A priori dès qu’on dépasse 10 jous de missions dans son état de résidence, l’accord de 1983 n’est pas applicable. Pareil si entre télétravail et missions on dépasse les 96 jours dans la limite des 45 jours de nuitées.

Dans certains accords on parle de 45 nuits en Suisse seuelement, pas de 45 nuits à l’étranger.

Et c’est cela qu’on trouve dans le 2047 Suisse : “Définition En France, l’expression “travailleur frontalier” désigne toute personne résidente de France qui exerce une activité salariée en Suisse chez un employeur établi en Suisse et qui retourne, en règle générale, chaque jour en France dont elle est le résident. Soit un retour en France quasi-quotidien : 45 nuitées maximum en Suisse par an pour un temps plein (article 3 de l’Accord frontalier du 11/04/1983).”

Trouvé ! Ici :14a505.PDF

Ainsi, la qualité de travailleur frontalier peut être reconnue au résident de l’un ou l’autre Etat, remplissant par ailleurs les conditions d’éligibilité au régime, qui ne rejoint pas pendant quarante-cinq jours par année son domicile dans l’autre pays. Le plafond des quarante cinq nuitées passées hors de l’Etat de résidence comprend non seulement les nuitées passées dans l’Etat d’exercice de la profession mais également les déplacements professionnels occasionnels du salarié dans un pays tiers

Bonjour effectivement, vous avez raisons sur ce point qui m’avait échappé dans le cas des travailleurs des 8 cantons non-sourciers.

Pour ceux que cela intéresse, j’ai mis en place un simulateur à utiliser avec précaution car bien qu’ayant testé plusieurs situations, nous ne sommes pas à l’abris de bug…!